PRESENTATION DES SEPT STAGES 2012


Du 15 au 21 Mars 2012 - Symptômes de la modernité : stress, angoisse, dépression
La modernité crée de nouveaux symptômes, le stress notamment, et retire aux autres tout sérieux existentiel. Du coup, elle réduit le symptôme à un simple malaise lié à notre mode de vie, à notre intolérance à des normes sociales contraignantes, à l’échec de nos ambitions contrariées. Ils sanctionnent un point de vue déficitaire relativement à des exigences de bien-être et de vitalité continue. Le stress : mixte psycho-physique, sorte d’indignation impuissante à la pression de l’environnement socio-économique. D’où les remèdes : rester zen, gérer ses émotions.
Angoisse : on est loin de Sartre et de Freud par rapport à l’angoisse de mort ou à la sensation du désir de l’Autre qui font l’objet d’un déni — il n’y a que des « envies » satisfaites ou frustrées. On dira d’ailleurs plutôt anxiété ou, en psychiatrie, angoisse de panique, c'est-à-dire une certaine inadaptation du comportement. L’angoisse est réduite à la dépression qui rétablit un mixte psycho-biologique : l’âme et le corps étant la même chose et excluant la pensée, l’inconscient est évidemment hors jeu. 
Eh bien, cette formation se propose de montrer comment la psychanalyse attrape la question par un tout autre biais ! De montrer notamment comment Lacan, ramenant la dépression à la culpabilité, réhabilite la responsabilité du sujet dans ses affects, un point de vue bien peu... « moderne »... Ce faisant, il s'agit de permettre aux stagiaires d'envisager une prise en charge des "symptômes de la modernité", mais éclairée par la théorie et la pratique psychanalytique.

Du 2 au 7 Avril 2012 - Quand le sujet maltraite son corps et s’en satisfait
Il y a dans la clinique contemporaine quelque chose qui vient attester à l'évidence de ce que Freud situe « au-delà du principe de plaisir » et que Lacan a prolongé avec son concept de « jouissance » : ce sont les souffrances dont les corps pâtissent et dont le sujet semble lui-même responsable.
Cette responsabilité apparaît comme directe quand ces souffrances résultent d'un vouloir manifeste visant le corps comme tel : anorexies, boulimies, pratiques    « hygiéniques »    ou    sportives    particulièrement    contraignantes, scarifications, rectifications chirurgicales pouvant aller jusqu'à un remodelage physiologique complet, certaines modalités de tatouage, etc.
Plus indirecte apparaît la responsabilité quand les mauvais traitements du corps se présentent comme des effets secondaires somatiques de certains modes de satisfaction du sujet, à commencer par ceux qui sont liés aux addictions, y compris médicamenteuses, dont on commence à mesurer l'impact sur la partie cérébrale du corps.
Quoiqu'il en soit, dans un cas comme dans l'autre, se pose la question cruciale de savoir ce dont il s’agit : certes pas un plaisir, mais néanmoins une satisfaction qu’on ne peut expliquer cliniquement, on le verra dans ce stage, en se contentant de faire référence à la doctrine du masochisme dit pervers ou moral.
C’est cette interrogation que cette formation reprendra, exemples cliniques à l'appui, à partir notamment d'un réexamen de la pulsion freudienne et de ses destins de jouissance sur lesquels la civilisation contemporaine n'est pas sans avoir une incidence décisive. 

Du 10 au 16 Mai 2012 - Comment traiter les psychoses par la parole
Ce stage doit permettre de repérer et d’anticiper les mauvaises rencontres, les impasses dangereuses, les passages à l’acte qui toujours menacent le sujet psychotique, tout en favorisant chez celui-ci une approche par la parole de ce qui le fait souffrir.
Certes, au traitement par la parole, bien souvent, un préalable de traitement parallèle, notamment psychiatrique, s’avère nécessaire. Mais dans tous les cas, c’est à condition de ne pas précipiter ces traitements, et d’éviter tout conditionnement ou suggestion.
Dans les années 70, grâce à sa lecture de Joyce, Lacan a pluralisé le Nom-duPère dans une clinique de la psychose qui est devenu continuiste. Symptôme parmi d’autres, il n’est dès lors qu’une modalité de « point de capiton de la jouissance ». Dès lors, le traitement par la parole s’est ouvert aussi au champ des psychoses ordinaires, sans véritable déclenchement. Objets de moments de discontinuité dans l’existence, de débranchement d’avec l’Autre préalablement constitué, ces psychoses mettent en évidence la fonction du symptôme et deviennent accessibles au traitement par le transfert. L’analyste, plus actif, peut miser sur le versant créatif de la psychose, à partir de petits détails de rapport à la jouissance ou au réel mais hors sens, soit de multiples solutions symptômatiques potentielles.
Ce qu’il s’agira donc de montrer dans cette formation, c’est comment la parole, à elle seule parfois, peut produire des effets autrement plus cruciaux pour le sujet que sa soumission à la toute-puissance chimique. Ainsi sera-t-il expliqué par exemple comment peut s’opérer progressivement la reconstitution ou le «rebricolage» d’un symptôme mis à mal, et les conséquences que cela emporte, sachant que le traitement par la parole, à condition de respecter le symptôme, peut en soutenir la fonction sans préjugé symbolique ni protocolaire. 
Cette formation se propose ainsi de favoriser une autre prise en charge des psychoses, éclairée par la théorie et la pratique psychanalytique.

Du 7 au 13 Juin 2012 - Les moments cruciaux de l’enfance
L'homme, pour passer de l'enfance à l'âge adulte, franchit les étapes de son développement physiologique. La psychanalyse, Freud en premier, ne les confond pas avec le développement psychique. Car le psychique peut prendre le pas sur le physiologique, et ralentir voire fixer un sujet à un stade précoce. Alors que l'enfant grandit, cette fixation laisse dans l'inconscient une trace indélébile active et insistante dans les symptômes, lisible dans les rêves et les fantasmes, déterminante dans les choix importants de la vie. Ces étapes jamais dépassées forment les moments cruciaux de l'enfance.
Dans cette formation, il ne s'agira pas tant de réviser les positions pathologiques des stades freudiens (oralité et dépression, analité et obsession, phallicisme et sexuation) que de repérer pour chaque sujet comment ils marquent sa névrose infantile, voire entrainent un destin psychotique.
Ainsi, essayera-t-on d’en déceler la trace clinique dans les difficultés affectives de l'enfance. Dans une phobie infantile : passage nécessaire ou angoisse constitutionnelle ? Dans une angoisse obsessionnelle chez un jeune garçon : moment ou marque d'une disposition morbide ? Dans une position caractérielle et insatisfaite d'une fillette : réaction ou prélude d'une hystérie féminine ? Et ces discordances chez un adolescent : mutation subjective ou éclosion d'une souffrance psychique ignorée ?
On cherchera également dans l'enfance d'un névrosé ce qui a fait traumatisme, dans celle d'un sujet psychotique quand la psychose s'est affirmée. Repérer ces moments cruciaux devant permettre aux stagiaires de trouver la clef de la détermination des symptômes et de leur résolution. 

Du 11 au 17 Octobre 2012 - Peut-on soigner la famille ?
La famille est-elle malade ? Malade peut-être de tous ses docteurs : on veut la décomposer, la re-composer, la transformer, lui donner les prérogatives de l’Etat, en faire une entreprise, une gardienne du temple paternel, ou maternel, voire la source d’utopies sociales qui n’existent plus vraiment aujourd’hui dans la politique. On déchante aujourd’hui des « espoirs » mis dans son altération et sa révolution, espoirs qui semblent, après-coup, être l’envers de ceux mis dans le souci de la conserver contre vents et marées dans la pensée réactionnaire. 
Comme ce stage le montrera, il n’y a pour la psychanalyse aucune nécessité de nostalgies familiales ni d’espoirs avant-gardistes. La famille on s’en passe... à condition de s’en servir. De s’en servir à la maturation des désirs nés du frein qu’elle seule sait créer pour limiter la jouissance des corps et leurs séparations heureuses.
Si on sait prendre alors un par un chaque membre de la famille, on sait aussi saisir dans l’analyse le lien intime de chacun à cette mystérieuse unité familiale qui existe à chaque sujet qui la compose. La famille ne se suffit plus des
semblants de l’ordre ou de la religion pour se maintenir. Au delà des traditions la famille assure des transmissions essentielles, des valeurs peut-être, mais sûrement des désirs, et des êtres qui ne sont (grâce à elle ?) que des symptômes.
Cette formation se propose d’examiner au cas par cas en quoi ces symptômes relèvent pour une part de la dynamique et de l’histoire de la famille. Mais aussi en quoi ils n’en relèvent pas... au delà de l’Œdipe freudien.

15 au 21 Novembre 2012 - Autisme et psychoses infantiles
La clinique psychanalytique nous offre un panel de symptômes, chez l’enfant, souvent spectaculaires — mutisme, phobies paralysantes, états d’angoisse massive —, accompagnés de leurs effets conséquents. L’enjeu d’un diagnostic affiné de psychose, ou d’autisme, reste alors primordial à poser, s’il y a lieu. à distinguer, par exemple, d’un état de détresse intense ressortissant d’un état névrotique.
Ce stage montrera comment le traitement, ou l’accompagnement, proposé par le psychanalyste, est dès lors toujours pragmatique, prenant appui sur les adultes qui, auprès de l’enfant, occupent une fonction parentale, et éventuellement sur une institution faisant la plus grande place possible à une liberté, dont la psychose est « la plus fidèle compagne », selon Lacan.
Cette formation doit ainsi permettre aux stagiaires de comprendre en quoi tout enfant, psychotique ou autiste, est déjà dans le post-verbal — et non dans le préverbal, selon une critique célèbre de Lacan —, c’est-à-dire dans le verbal. S’il se protège du verbe, c’est bien qu’il en participe, qu’il est pris dans une structure de langage.
Seule cette structure de langage peut être pour le psychanalyste un levier, un point d’Archimède, pour cerner, isoler, une jouissance, qui peut prendre, dans des cas extrêmes, la figure de la mort.

Du 6 au 12 Décembre 2012 - La loi, la transgression, la culpabilite
La culpabilité résulte de la transgression de la loi, peut-on dire simplement. Le fameux complexe d’Œdipe indique que c’est la Loi de l’interdit de l’inceste qui détermine le désir dit « œdipien » ou « incestueux ». « Tu ne désireras pas l’objet de ma jouissance », dit la Loi. Moyennant quoi, la Loi, dès lors, crée le désir, l’éveille, le suscite. En ce sens, l’interdit pousse au crime.
L’angoisse de castration est, selon Freud, ce qui s’oppose à la tentation, la fait échouer et l’arrête. Dans le mythe d’Œdipe, la castration est la punition de la transgression de l’interdit et le Père en est l’instrument. Le coupable reste marqué, dans son corps, par la culpabilité.
Cette formation se propose de montrer, exemples cliniques à l’appui, les conséquences pratiques de ces données de base. Comment, par exemple, des pratiques, telles que celle de l’auto-mutilation (s’infliger une cicatrice, par exemple), du tatouage ou du piercing, peuvent constituer, dans certains cas, les traces d’une culpabilité liée à un événement de l’histoire du sujet, qui aurait donné lieu à l’accomplissement d’un acte fautif. Ou encore comment certaines addictions peuvent également s’avérer être, aux dépens du sujet, les conséquences d’une faute morale, d’une coupable transgression.
Pour Lacan, ce sont les lois du langage qui introduisent la Loi dans le monde de l’être parlant : « La jouissance est interdite à qui parle comme tel » (écrits, p. 821). Lacan comme Freud ont mis l’accent sur les « paradoxes de la jouissance ».
Ce stage doit permettre aux participants de saisir en quoi ces paradoxes de la jouissance et de la culpabilité sont tenaces et caractérisent beaucoup des actes et des fantasmes des patients qui s'adressent à eux.