PRESENTATION DES STAGES 2011
Du 14 au 19 mars 2011 - L'épidémie actuelle des addictions
Du 31 mars au 6 avril 2011 - Qu'est-ce que la dépression pour la psychanalyse ?
Du 12 au 18 mai 2011 - Comment faire avec la psychose ?
Du 9 au 15 juin 2011 - Désordre familial et symptômes de l'enfant
Du 13 au 19 octobre 2011 - Fille, mère et femme : une identité difficile
Du 17 au 23 novembre 2011 - L'adolescence précoce et l'adolescence tardive : symptômes actuels
Du 8 au 14 décembre - La paranoïa et le malaise contemporain
PRESENTATION DES STAGES 2010
Stage 5Clinique contemporaine de la sexualité
S’il y a bien quelque chose qui ne devrait guère changer, c’est la sexualité, en tout cas dès lors que l’on réduit celle-ci à ses fondements biologiques. Elle-même n’a-t-elle pas constitué, d’ailleurs, l’invention majeure de l’histoire de la vie ? Avec l’apparition de la sexualité, en effet, les êtres, au lieu de se reproduire — de se cloner, de se diviser pour qu’au un initial se substituent deux strictement identiques au premier — ont commencé à procréer, c’est-à-dire à se mettre à deux pour en faire un autre, différent de chacun de ses parents.
Pour les biologistes, la sexualité est donc ce qui permet de faire du neuf, grâce au brassage des gènes. Quelle nouveauté attendre dès lors sur son front, si c’est bien elle qui constitue, comme telle, la nouveauté ?
Mais c’est sans compter avec la version humaine de la sexualité. Une version où l’on voit la programmation instinctuelle céder le pas à la logique de la pulsion, où l’on voit le désir, dans ce qu’il a de plus volontiers mortifère, l’emporter sans faillir sur l’exigence « égoïste » du gène, où l‘on voit le signifiant dicter sa loi au désir, l’inscrivant résolument ainsi dans l’orbite du fantasme. Une version qui, en somme, d’être dédiée au père, tourne d’entrée de jeu à la perversion.
Et là, force est de reconnaître qu’existe bien une forme de contemporanéité de la sexualité. Que nous enseigne, sur ce plan, la clinique ? Que les modèles culturels proposés au désir ne cessent de changer, bien sûr. Il y a presque exactement cent ans, Freud faisait figure de dangereux agitateur lorsqu’il soutenait que la pulsion sexuelle n’avait pas pour but la procréation, mais sa satisfaction, et surtout quand il ajoutait que n’importe quoi pouvait, d’expérience, devenir l’objet support de cette satisfaction, du moment que le fantasme venait le désigner comme tel. Or non seulement, désormais, pareille considération ne choque plus personne, mais on a bien plutôt le sentiment qu’il s’agit au contraire pour tout un chacun de s’employer à l’illustrer, en montrant qu’il n’est rien, et surtout pas le plus étrange, qui ne puisse être élu objet désirable.
Le sexe clairement dissocié des exigences procréatives, autant que nettement asservi aux impératifs de la jouissance, et voilà disposées à fleurir toutes les figures de la perversion, que notre actualité se montre si friande à exhiber et diffuser. Les prédateurs sexuels font, plus que jamais, recette. La pornographie est entrée dans les foyers ; elle se veut familière, quotidienne, banale. Difficile pour les enfants, semble-t-il, de continuer alors à élaborer des théories sexuelles dignes de ce nom, quand tout mystère de la chose semble être désormais devenu interdit de séjour (quoique … les ressources de la poésie ne sont-elles pas inépuisables ?). Parallèlement, ne l’oublions pas, le sexe se déploie, s’épand, dans l’univers virtuel qui lui-même se diffuse toujours plus. La rencontre, d’ailleurs, peut-elle encore advenir autrement que sur le mode du speed dating ? La logique de la sexuation, elle-même, si elle dicte toujours ses exigences au sujet, n’est plus relayée socialement de la même façon, comme en témoigne le mouvement queer, et voit de fait ses catégories mises en question.
Le rapport sexuel est, de toujours, raté — ce n’est plus un scoop. Mais si ce ratage est intemporel, les façons de s’en arranger, les modes sociaux de suppléance, se modifient en revanche rapidement, emportant avec eux, par exemple, aussi bien la tentation du retour à une transmission des gènes fondée sur la reproduction stricte, sur le clonage, que celle d’un renouvellement de l’appel à la jouissance Autre, ou d’une redistribution des modes de jouir — qui n’ait plus de cesse.
Si, comme le rappelle Jacques-Alain Miller, il n’est « pas de clinique du sujet sans clinique de la civilisation », alors il est bien une clinique contemporaine de la sexualité, laquelle montre que le ratage du rapport sexuel fait, toujours et encore, lien social, bien sûr, mais aussi que les actuelles modifications de ce lien social donnent en retour, décidément, une tout autre tonalité, une tout autre consistance, à ce ratage.
Du jeudi 7 au mercredi 13 octobre 2010
Stage 6Comment s’y prendre avec un sujet psychotique ?
La voie ouverte par Jacques Lacan sur le champ des psychoses est riche de conséquences pour éclairer une question laissée pour une bonne partie dans l’ombre par la pratique analytique : celle de la direction de la cure de sujets psychotiques. Au fil des années, avec la prolifération d'institutions orientées par la psychanalyse, l’enseignement de Lacan est devenu une véritable boussole pour tous les intervenants concernés par le traitement de la psychose.
Depuis les années cinquante, l'invitation à ne pas reculer devant la psychose avait laissé le psychanalyste, habitué à déplier sa pratique dans le champ des névroses de transfert, en proie à la question de savoir comment s'y prendre avec un sujet psychotique dont l'approche pouvait s'avérer inquiétante. Plus tard, dans son « Petit discours aux psychiatres », Lacan éclaire cette difficulté par l'effet d'angoisse provoqué chez le praticien - une angoisse induite par la proximité de l'objet tel qu'il se présente dans la psychose car il n’est pas passé par l'extraction opérée par la castration.
En se gardant de livrer la moindre recette et tout en rappelant la singularité de chaque cas, Lacan a produit depuis son Séminaire consacré à la psychose un éventail d'outils conceptuels pour orienter l'analyste quant au maniement du traitement. Lacan revient à ce que Freud avait appelé la perte de la réalité dans la psychose pour donner toute leur valeur aux moyens déployés par le psychotique pour suppléer aux conséquences de la forclusion. Ainsi, cerner la fonction de la métaphore délirante a permis de mieux orienter le psychanalyste sur la façon dont il peut soutenir les tentatives de localisation de la jouissance, ces manoeuvres subjectives mises en place pour reconstruire l'ordre du monde.
Malgré la nouveauté de cette première conceptualisation, celle-ci n'échappe pas à une certaine approche déficitaire, la psychose se trouvant définie par le manque du signifiant du Nom du Père. L'analyste est invité à tenir une position discrète et attentive que Lacan appelle « secrétaire de l'aliéné ». Nous assistons ainsi à la naissance d'une clinique où le symbolique est convoqué pour éponger le débordement imaginaire, border le réel et favoriser la construction de suppléances à la métaphore paternelle. Cela exige de l'analyste rigueur et docilité pour régler sa position dans le transfert en prenant la mesure du statut menaçant et omniprésent de l'Autre mais aussi de l'objet, un objet réel qui s'impose au sujet en faisant de lui son martyr. La prudence est également de mise : averti du poids de la certitude, de l'absence d'écart entre énoncé et énonciation, l’analyste sait qu'il s'avance sur un terrain délicat et qu’il peut basculer du côte d'un Autre jouisseur et malveillant.
Avec les avancées du dernier enseignement de Lacan, la position de l'analyste sera progressivement modifiée : le Nom du père devient pluriel et il est formalisé comme un symptôme parmi d’autres, ce qui fait émerger la figure d'un analyste plus actif, misant d’avantage sur l'aspect créatif de la psychose. Ce mouvement ouvre tout un champ où sont privilégiées les multiples solutions symptomatiques qui permettent d'accomplir ce qui était réservé auparavant au signifiant privilégié du Nom du Père.
La boussole de l'analyste devient alors le symptôme conçu comme un appareil permettant de produire un nouage. C’est là le ressort de la clinique borroméenne, où l'analyste s'oriente moins à partir de la suppléance au manque forclusif que par le rôle afférant à chaque registre, Réel, Symbolique et Imaginaire, ainsi que par un quatrième élément qui permet de les nouer auquel Lacan a donné le nom de sinthome. Lorsqu’il n’y a pas de structure classique de déclenchement, l'analyste peut se repérer à partir des moments de discontinuité dans la vie du sujet où se produit un débranchement d'avec l'Autre. L'analyste tente alors de repérer ce qui faisait branchement pour tel sujet dans l'optique de favoriser l'avènement d'un rebranchement capable d'inscrire le sujet a minima dans le lien social et de soutenir son invention pour mieux tenir dans l’existence.
Du jeudi 18 au mercredi 24 novembre 2010
Stage 7L’enfant-symptôme du couple familial
Quelque soit l’éclatement de la cellule familiale aujourd’hui, nous poserons avec Jacques Lacan (« Note sur l’enfant », Autres écrits, p. 373-74) la nécessité pour l’enfant des fonctions maternelle et paternelle. Le désir de la mère ne saurait être anonyme, ses soins doivent être particularisés. Le père vectorialise par son nom la Loi incarnée dans le désir.
Les symptômes de l’enfant seront abordés comme des réponses au symptôme du couple familial, comme représentants de sa vérité. Mais l’enfant peut aussi présenter des symptômes qui révèlent sa position d’objet de la mère, de réaliser son fantasme. Nous déclinerons selon les structures (névrose, psychose, perversion) les différentes modalités des sinthomes — ce terme de sinthome conjoint symptôme et fantasme — de l’enfant.
Pour nous, avec le dernier Lacan, père et mère se déclinent aussi en homme et femme. Le père est engagé comme homme de désir, désir portant sur une femme, dans ce rôle de père qu’il a à jouer et qui le pousse du côté du semblant.
La mère, elle, doit être cause du désir d’un homme, quel qu’il soit. Si la mère véhicule l’autorité du Nom-du-Père, l’incidence du père/homme sur le désir de la mère est souhaitable, pour qu’elle soit « suffisamment bonne », pour reprendre l’expression de Winnicott. Ainsi, l’enfant ne saturera pas pour la mère le manque dont se supporte son désir. Les soins qu’elle prodigue à l’enfant ne doivent pas la détourner de désirer en tant que femme.
La métaphore paternelle ne se résout pas seulement en contenant le Désir de la Mère par l’action du Nom-du-Père ; elle divise la mère/femme à l’égard de son désir, faisant de l’objet-enfant pas-tout pour elle, et dirigeant son désir vers un homme. L’enfant comme substitut phallique, ne comble pas seulement — ne suscitant alors qu’angoisse —, il divise la mère : « Pour être mère, je n’en suis pas moins femme » (Tartuffe, Molière).
Nous ne nous arrêterons pas à l’enfant fils ou fille de, mais le situerons aussi dans une fratrie : aîné, cadet, puîné, ou encore enfant unique. Nous étudierons les effets, relativement récents, des absences de la mère qui travaille, de la famille recomposée, et la plus classique absence du père, tout en ne négligeant pas l’impact d’une mère abusive, trop présente, ou d’un père, ou encore les effets du mensonge, de la tromperie de l’adultère. Et comment, sous quelles modalités, le secret de famille, ravageant et structurant à la fois, submerge dans notre nouvel idéal social de tout dire ?
Le symptôme somatique que présente l’enfant occupe une place particulière pour la mère, engendrant culpabilité, servant de fétiche, incarnant refus ou forclusion. L’enfant peut offrir à la mère, en court-circuit, ce qui manque à l’homme, incarnant ce manque dans le réel. Il est alors suborné à son fantasme. L’enfant rend en quelque sorte raison d’une perversion « normale » de la femme. Il est « naturellement » voile du phallus en tant qu’il manque à la femme. Il reste alors pas-tout du désir maternel.
L’enfant si désiré peut être par ailleurs occasion d’une angoisse massive, peut-être plus fréquemment chez le père, mais aussi chez la mère. Cela peut aller jusqu’à une démission de la nouvelle fonction à remplir, pour sauver un « être homme » ou « femme ». Plus souvent, des accommodements sont trouvés, qui entraînent leur lot de souffrance et de malêtre chez l’enfant.
L’enfant concentre sur lui les symptômes du malaise contemporain ; il est le premier exposé à la course au plus-de-jouir dans une surconsommation de gadgets. Par un effet paradoxal, la stabilité structurante de parents paraît indispensable, au fur et à mesure où elle se fait plus précaire. Ce qui ne rend que plus urgent de réviser notre abord des fonctions père et mère en termes de désir, jouissance, voire de pulsion.
Bien au-delà du symptôme objectivable de l’enfant, nous tenterons ainsi de saisir son être de sinthome même.
Du jeudi 9 au mercredi 15 décembre 2010